- Désolé, mais je ne reviens pas sur mes décisions.
- Bon. D'accord. Mais ne joue pas avec moi, comme avec un petit soldat que l'on peut évincer du champ de bataille si l'envie nous prend. Je ne suis pas une chose.
__Un rêve étrange. Déroutant, dois-je dire, même. Tellement troublé que mon réveille fut plutôt dur. Il n'y avait plus personne dans la maison ; tout le monde avait fichu le camp au petit matin, après une soirée qui nous a à tous paru plutôt bizarre.
__"Désolé, je ne reviens pas sur mes décisions". Pourquoi s'était-il faufilé dans mon rêve, comme un cheveux sur la soupe ? Pourquoi Lui ? Pourquoi pas un autre ? Il ne représente plus rien pour moi, si ce n'est qu'un mauvais souvenir. Il m'a traîné dans la boue plus d'une fois, m'a fait les pires "mauvais coups" que l'on puisse faire. Et voilà qu'il atterrit dans un de mes rêves. Ce n'était, certes, pas la première fois, mais cela faisait tellement longtemps. De plus, cela fait des mois que je ne l'ai pas revus. Puis, en y réfléchissant, je pense que ce n'est pas important, que ce fut Lui. Car le message aurait été le même. Et ça, je n'ai pu le comprendre que bien plus tard dans la journée. A force de me torturer l'esprit avec ce rêve stupide et plutôt bref, à force de me poser trop de questions, la réponse m'est venue d'elle même, et je savais depuis mon réveil qu'elle n'était pas loin. Juste sous mon nez, pour ainsi dire.
__En rentrant de chez H. (seul), je me sentais tellement bizarre. Je me suis affublé de mes RayBan, ai mis mes écouteurs dans mes oreilles, ai appuyé sur le bouton Play et "In For The Kill" de La Roux a démarré, à pleine puissance de son. J'ai allumé une cigarette et j'ai commencé à monter la côte.
__Elle me paraissait tellement plus rude que d'habitude. Pourtant, je la prends souvent, cette route. Elle n'est pas si raide que ça, mais j'avais du mal, aujourd'hui. Marcher m'éreintait presque. Mais je n'avais plus ce mal d'estomac, qui je trainais depuis deux jours déjà et ce fut déjà pas mal. En marchant, j'essayais de repenser à mon rêve dans les moindres détails. Celui-ci ne s'était d'ailleurs arrêté que lorsque j'eus ouvert les yeux, sur ces derniers mots, qui furent les miens. Et même s'ils sont plutôt clairs, je n'arrivais pas à les comprendre. C'était très curieux. C'était comme si j'avais repris possession de moi-même, de ma vie et que je ne me laissais plus faire, mais pourquoi R. était-il impliqué dans mon rêve ? Lui qui m'a tant fait de mal pendant des années, qui m'a tant manipulé. Y avait-il un sens précis ?
__Une fois chez moi, ma petite s½ur m'attendait devant la porte, les bras tendus vers moi et un grand sourire affiché sur son visage. J'avais toujours mes lunettes de soleil sur le nez, et je lui ai à peine esquissé un sourire. Je suis directement entré dans ma chambre, et me suis débarrassé de mon sac, que j'ai jeté sur mon lit. Je suis ensuite sorti de cette pièce sombre, au sol encombré d'objets, de bouquins, de chaussures et de cahiers griffonnés. Je suis allé fumer une cigarette à la fenêtre de la cuisine et j'ai de nouveau essayé de me souvenir de mon fameux songe, sans grand succès. Il ne voulait décidément rien dire pour moi. Ma mère est venue me parler, de choses qui ne m'intéressaient pas. Je lui répondais par des réponses brèves et habituelles, pour qu'elle me laisse tranquille. Puis elle est partie avec les petits.
__Ce foutu rêve m'encombrait toujours les pensées. J'avais le moral en berne et à chaque fois que j'essayais de savoir pourquoi, le mot "Abandon" me venait à l'esprit. Je ne savais pourquoi. Les gens à qui j'en parlais ne pouvait de toute manière pas comprendre. Et moi, seul, dans ma chambre aux volets fermés, je me sentais seul, plus qu'un autre jour. Ce fichu rêve m'avait non seulement sapé le moral, mais en plus, il m'avait laissé une impression grandissante et bouleversante de grande solitude.
__C. m'envoya un message, pour me demander ce que je faisais. Je lui ai répondu que j'étais rentré chez moi après la soirée (elle faisait partie des gens partis les premiers) et que je n'allais pas très bien. Elle m'a alors invité à la rejoindre pour aller chez S. Je n'étais pas très partant, mais sortir m'aurait fait du bien. C'est donc ce que je fis.
__Je me suis changé rapidement ; un tee-shirt blanc, avec des motifs plutôt morbides, mon jeans noir et mes vieilles baskets Lacoste. J'ai aspergé mon cou de parfum One Million, prit mon sac et je suis parti, mes yeux cachés derrières les vitres teintées de mes lunettes de soleils préférées.
__En arrivant près de mon arrêt de bus, j'ai vu mon bus partir sans moi. Faisant comme si cela n'était rien, j'ai continué ma route. Puis je me suis dit qu'un petit tour au panorama me ferait le plus grand bien. Mais, d'abord, j'ai décidé qu'aller jeter un ½il aux horaires de bus me permettrait de savoir si je pouvais me permettre ce petit détour. Il arrivait cinq minutes plus tard. Je suis donc resté à ma place, attendant patiemment mon transport.
__Une fois dans le bus, je ne pensais à rien de précis. Le trajet me parut d'ailleurs plutôt court. J'avais envie d'écouter de la musique douce, belle. J'ai donc fait jouer "Bella's Lullaby", de Carter Burwel. Et, à ce moment-là, le bus passa devant le square. Le square où j'ai rencontré M. A la fois un bon souvenirs et à la fois un douloureux.
__Arrivé à mon terminus, j'ai vu bus suivant, que je devais prendre pour aller jusqu'à chez S. et j'ai donc couru pour arriver à temps et l'avoir. Par chance, j'ai pu monter dedans. Il était d'ailleurs bondé de gens. Une petite dame s'est assise à côté de moi. Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi je le dis, parce que ce n'est pas du tout important. Mais ça fait toujours bien de donner des petits détails, même les plus insignifiants.
__Arrivé à bon port, manquant de rater mon arrêt, à cause d'une mère de famille et ses enfants me barrant le passage jusqu'à la porte du bus, j'ai dû encore marché pour arrivé chez S., qui mit d'ailleurs du temps à ouvrir la porte. Derrière cette dernière, je ne vis pas S. mais A., qui m'a d'ailleurs sauté dans les bras, me gratifiant d'un "tu m'as manqué !". Elle aussi, elle m'avait manqué. Sa présence enfantine et à la fois mature, ses petits rires joyeux et sa petite voix douce m'avait vraiment manqué. Et la retrouver me faisait déjà beaucoup de bien.
__Nous avons monté les escalier pour arriver à l'étage et nous nous sommes dirigés vers la chambre de S. A. m'ayant devancé, ce fut elle la première à l'entrebâillement de la porte. "Devinez qui est là ?!" leur a-t-elle lancé, toute contente. "L. !" ont-ils répondus, à l'unisson. "Eh non, c'est Jean-Pierre !" répondit A., pleine de malice. Mais S. et C. savait très bien que c'était moi, qui me trouvait derrière.
__Une fois dans la chambre, j'ai trouvé S. assis devant C., qui lui faisait une décoloration. Et Mr. Oizo, la petite rate de S., que j'adore. Je lui ai tendu la main et elle a tout de suite grimpé sur mon bras, pour se cacher dans le creux de mon cou, tendrement. Son doux pelage immaculé me chatouillait la peau et ses petites pattes me griffait le dos, mais je ne peux lui en vouloir ; c'est un vrai amour.
__Comme à mon habitude, il était presque impossible de percevoir que, derrière le sourire que j'arborais, se cachait de la tristesse. Je faisais tout pour ne pas avoir à parler de mon état de la journée. Je blaguais, plaisantais, et même C. semblait oublier que je lui avait dit que je n'allais pas bien.
__J'avais amené quelques friandises pour Mr. Oizo. Des petits biscuits chinois au riz et au soja. Bien entendu, ce n'était pas que pour elle, mais bon, c'était au départ une attention pour cette petite boule de poile, chère à mon c½ur. Elle prenait les biscuits un par un et partait comme une fusée les mettre en lieu sûr dans sa petite maison.
__Le temps passait, sans vraiment que nous nous en rendions compte. Nous parlions de tout et de rien, en écoutant de la musique. Néanmoins, cette dernière ne parvenais pas à couvrir le son de nos rires enjoués. A un moment, en plein silence (du moins, lorsque nous arrêtions de parler), A. commença à "deviner" des choses sur nous, qu'elle n'était pas censée savoir. Elle m'a dit qu'elle devinait que je détestais deux personnes. C'était en partie vrai. Elle ne m'a pas donné les noms, car elle ne voulait pas les dévoiler devant S. Et C., au cas où cela m'aurait gêné. C'est pourquoi elle m'a donné les deux noms en privé. Elle m'a dit que c'était mon père et ma grand-mère. Elle a visé juste. Pourtant, elle ne le savait pas. Elle ne connait pas vraiment cet aspect de ma vie. Elle m'a vraiment bluffé. C'est pour cela qu'après que nous ayons parlé seul à seul, dans la chambre de S., je lui ai demandé de deviner d'autres choses. Puis elle nous a expliqué que ce n'était pas vraiment de la voyance, mais juste une question de "devinettes". Et je suis parti sur ma capacité à analyser les gens. En effet, je parviens, en quelques minutes, à analyser le comportement d'une personne et à savoir ce qu'elle a pu vivre par le passé, ce qu'elle cherche et si elle est sincère ou non. Je ne l'explique pas. C'est quelque chose que j'ai apprit à utiliser avec le temps. J'ai donc analysé A. et j'ai visé juste, moi aussi. Après avoir démontré mes talents, j'ai abordé le sujet de mon fameux rêve. Je leur ai donc raconté et C. (qui est, selon moi, la personne la plus apte à me comprendre), m'a dit que le fait que ç'ait été Ce garçon n'était pas important. Qu'il était juste là pour représenter un homme qui pensait avoir le dessus sur moi et que la phrase que j'ai dite représentait le fait qu'à présent, je ne me laisse plus marcher sur les pieds, ce qui n'était pas le cas auparavant. Et là, tout s'est éclairé.
__Je me sentais un peu mieux. Je comprenais enfin. Et la conclusion était tellement facile à trouvé que j'avais presque honte de ne pas l'avoir dénichée tout seul. Mais le principal était qu'à présent, tout me paraissait enfin plus clair. Pourtant, quelque chose n'allait toujours pas. Toujours ce manque, ce vide. Et je pense que c'est mon père, qui me manque. Nous en avons justement parler. Mais je crois que cet article est déjà trop long pour en parler.
Dorénavant, j'espère que mes rêves n'auront pas le même effet sur mon moral.